Introduction
Le premier orgue
Le projet
La commande
La construction
1881 : l’inauguration
De 1881 à 2004
Sources

Introduction
Le buffet
Les sommiers
Les transmissions
La console
La tuyauterie
La soufflerie
Présentation générale

Dalstein & Hærpfer
Un patrimoine impressionnant

Composition

L’été de l’Orgue 2014

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C’est à Paris, plus précisément sur le chantier de construction de l’orgue monumental de Saint-Sulpice, que se rencontrèrent Johann Karl (ou Charles) Hærpfer et Nicolas-Etienne Dalstein, jeunes ouvriers des ateliers du facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll.
Né en 1835 à Nördlingen en Bavière, Johann Karl Hærpfer reçut une formation de facteurs d’orgues chez Steinmeyer, Walcker (Allemagne) et Haas (Suisse). Nicolas-Etienne Dalstein était né à Freistroff (Moselle) en 1834. Il fut recruté comme manœuvre chez Cavaillé-Coll.
La rencontre de ces deux hommes donna naissance à une des plus importantes manufactures d’orgues du XIXème siècle. Leurs compétences étaient complé-mentaires : Nicolas Dalstein avait une formation de menuisier et de mécanicien, Charles Hærpfer d’harmoniste. Ils s’établirent judicieusement en 1863 à Boulay, la plupart des églises de ce canton étaient encore dépourvues d’orgues.
Ils construisirent environ un orgue par an jusqu’en 1870, mais ce rendement fut multiplié par quatre dès la décennie suivante.
Sur le plan technique, leurs instruments sont très marqués par l’esthétique germanique, en particulier par l’utilisation quasi systématique du sommier à pistons pour tous les sommiers (ce que ne pratiquèrent pas Cavaillé-Coll ou Merklin). L’univers sonore est également tourné vers l’est : Flûtes à doubles-bouches, jeux à anches libres, introduction d’une seconde boîte expressive dans les grands instruments… Dans un registre intitulé « mesures, compositions et autres notices sur la facture d’orgue commencé en mars 1858 », Charles Hærpfer avait soigneusement noté les progressions de mesures d’une soixantaine de jeux, tous de facture allemande, à l’exception de trois (« Pariser Mensur ») pour la Trompette, le « Oboe » et les tailles de la Voix Humaine de Cavaillé-Coll en 1846.

A Saint-Sébastien, on souhaitait à l’évidence faire l’acquisition d’un orgue de prestige, qui puisse rivaliser avec les chef-d’œuvres de la Cathédrale (Cavaillé-Coll 1857-1861) et de Saint-Epvre (Merklin 1867). Un devis est demandé à Aristide Cavaillé-Coll. Joseph Merklin, qui avait déjà livré un orgue de chœur à Saint-Sébastien en 1864 (vendu dans les années 1970) proposa également un devis. Le devis Cavaillé-Coll étant jugé trop cher, la paroisse porta son choix sur Dalstein & Hærpfer. Ce choix fut fortement influencé par l’organiste de l’époque, Auguste Rigault, qui avait des liens étroits avec ces facteurs d’orgues. Rigault joua le rôle de maître d’œuvre, faisant remanier le premier projet de Dalstein & Hærpfer vers un orgue plus français. Les anches furent commandées
à Paris, probablement sous son influence. Le souvenir des anches de Cavaillé-Coll à la cathédrale de Nancy a dû le marquer profondément et il devait se méfier des anches germaniques de Hærpfer… Le choix d’un grand récit expressif sous la voûte à la Saint-Sulpice ou Notre-Dame de Paris est certainement dû à Rigault également.
Quoi qu’il en soit, les choses ne trainèrent pas puisque l’instrument fut achevé en moins de deux ans, ce qui en dit long sur le professionnalisme et les capacités de la manufacture d’orgues de Boulay. Le nouvel orgue de 46 jeux sur 3 claviers et pédalier fut réceptionné et inauguré en août 1881.
Dalstein & Hærpfer proposent à Saint-Sébastien une synthèse impression-nante entre les esthétiques française et allemande, créant un orgue européen avant la lettre, dans une époque si marquée par les nationalismes.
Le buffet de 9 mètres de haut contient l’instrument réparti sur trois étages et rez-de-chaussée. La console, les quatre grands soufflets, la mécanique et la machine Barker sont disposés au sol. Les neuf sommiers à pistons, disposés sur les trois étages supérieurs, portent les 2 658 tuyaux. Les tuyaux du second étage de la façade sont tous des chanoines (tuyaux décoratifs muets).
L’école de Walcker se retrouve dans les sommiers superposés pour un même clavier et certains jeux comme les Flûtes en bois à doubles-bouches, la Clarinette à anches libres, l’Eolienne, les Bassons de 16’ aux manuels, etc.
En revanche, le grand récit symphonique, placé en couronnement, renvoie à l’esthétique de Cavaillé-Coll.
Un relevage fut effectué en 1936 par la maison Jacquot-Lavergne. C’est à cette occasion que furent ajoutés un accouplement III/II et une tirasse Récit, en supprimant l’accouplement général et la pédale d’orage. L’ordre des trois bascules à la console fut également modifié. En dehors de ces aménagements mineurs, l’orgue est resté parfaitement intact depuis 1881.
L’exceptionnelle qualité de l’instrument, son caractère unique et son bon état de conservation permirent son classement "Monument Historique" en 1978.
Après plus de 120 ans de fonctionnement, son état devenait préoccupant, une grande restauration s’avérait nécessaire. Elle fut confiée en 2004 aux facteurs d’orgues Laurent Plet de Troyes et Jean-Baptiste Gaupillat de Noviant-aux-Près. 11 300 heures réparties sur quatre années de travail furent nécessaires pour retrouver l’orgue dans sa fraicheur d’origine.
L’inauguration de 2009 donna lieu à de nombreuses manifestations. Huit concerts d’inauguration furent donnés en juin et juillet 2009 par une quinzaine d’organistes français et étrangers.

Jean Bizot, organiste titulaire

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