Introduction
Le premier orgue
Le projet
La commande
La construction
1881 : l’inauguration
De 1881 à 2004
Sources

Introduction
Le buffet
Les sommiers
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La console
La tuyauterie
La soufflerie
Présentation générale

Dalstein & Hærpfer
Un patrimoine impressionnant

Composition

L’été de l’Orgue 2014

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Le projet

Bien que transformé en 1837 et 1865 par Joseph Cuvillier, l’orgue Dingler-Stezle fut jugé vétuste et démodé et la construction d’un nouvel orgue fut engagée. L’ancien instrument fut séparé en deux par Jean Blési, qui remonta en 1882 le grand buffet au Petit Séminaire de Pont-à-Mousson (d’où il fut transféré en 1909 à l’église Saint-Joseph de Nancy) et le positif à Moyen.

C’est lors de la séance du 16 juin 1879 que le conseil de fabrique envisagea pour la première fois le renouvellement de l’instrument :
Le Conseil agite alors la question de l’orgue. Tous les membres sont unanimes pour sentir qu’il est nécessaire et urgent de faire l’acquisition d’un nouvel orgue. Après une discussion approfondie, le Conseil décide que l’on pourra consacrer à cet achat la somme de quarante mille francs, au maximum, et le Bureau est autorisé à entrer en relation avec la maison Cavaillé-Coll de Paris, en observant qu’il faut au moins 40 jeux pour la composition du nouvel orgue.

La paroisse aurait pu s’adresser à Jean Blési, facteur d’orgues suisse qui venait de s’installer à Nancy, mais il n’avait encore aucun ouvrage d’importance à son actif. Elle aurait aussi pu rester fidèle à Joseph Merklin, qui avait livré en 1864 un orgue de chœur de six jeux dans l’église Saint-Sébastien et qui envoya un projet pour un grand orgue de 30 jeux sur trois claviers et pédalier. Mais les fabriciens préférèrent s’adresser à Aristide Cavaillé-Coll, qui avait réalisé un chef-d’œuvre en reconstruisant en 1857-1861 le grand orgue de la cathédrale de Nancy, à quelques 500 mètres de l’église Saint-Sébastien. Le devis envoyé par le grand facteur parisien n’a pas été retrouvé, mais il ne demanda pas moins de 60.000 F pour un orgue de 44 jeux, ainsi que le conseil en prit connaissance lors de la séance du 17 juillet 1879 :
Le Bureau des Marguilliers avise le Conseil qu’il s’est mis en rapport avec Mr Cavaillé-Coll de Paris, et qu’après un échange de lettres qui sont soumises au Conseil, et vu les prétentions de cette maison, il n’a pas pu traiter, selon qu’il en avait reçu les pouvoirs, et qu’il est nécessaire de consulter à ce sujet le Conseil. Celui-ci, à l’unanimité, décide qu’il est impossible de dépasser la somme de quarante-mille francs. Cependant quelques membres déplorant l’impossibilité de s’aboucher avec la Maison Cavaillé-Coll, dont la réputation est universelle et qui mettrait à couvert la responsabilité du Conseil, demandent s’il ne serait pas possible de se contenter de trente à trente deux jeux au lieu des quarante-quatre jeux pour lesquels M. Cavaillé-Coll demande soixante mille francs en principal. Mais M. Digot fait observer au Conseil que, en s’adressant à une maison de Paris, laquelle ne sera responsable de son instrument qu’au vu [de] la restriction de l’accorder elle-même aux frais de la Fabrique, c’est donc encore un chapitre important à ajouter au budget de dépenses. Enfin le Conseil prie M. Rigaut, organiste de St Sébastien, de venir l’aider de ses lumières. M. Rigaut, consulté s’il serait possible de se contenter d’un orgue inférieur à 40 jeux, a répondu négativement. Après un échange de réflexion de la part de chacun, il est décidé que deux membres du Conseil sont délégués avec Mr Rigaut pour aller à Boulay voir un facteur d’orgues et juger de visu de sa capacité et de ses prix. MM. Digot et Gény veulent bien se charger de cette mission.

Il semble que l’organiste ait préféré un grand instrument de facture régionale à un plus petit commandé à Paris. Les facteurs Dalstein-Hærpfer avaient déjà travaillé à Nancy avant la guerre de 1870, transformant en 1867 l’orgue Verschneider de la paroisse Saint-Fiacre, mais ils n’étaient plus revenus dans le département depuis lors. L’organiste Auguste Rigaut avait cependant été invité pour l’inauguration de l’orgue Dalstein-Hærpfer de Niderviller, le 28 novembre 1878, et il avait probablement beaucoup apprécié cet instrument majeur de la production des facteurs de Boulay.

Les choses ne traînèrent pas : dès le lendemain de leur envoi en mission, les trois délégués partirent pour Boulay, ils y rencontrèrent les facteurs, qui rédigèrent aussitôt un projet d’orgue d’une quarantaine de jeux, dont le brouillon est conservé dans les archives Hærpfer :

 
I Grand-orgue (56 notes, C-g’’’)
Montre 16 C-E en bois, à partir de F en étain anglais en façade.
Bourdon 16 C-h en bois, c’-f’’’ en étain.
Montre 8 En étain anglais, en façade.
Bourdon 8 C-H en bois, c-f’’’ en étain.
Flûte forte 8 C-h en bois, c’-f’’’ en étain.
Gambe 8 Etain anglais fin.
Prestant 4 Etain.
Flûte douce 4 Etain.
Doublette 2 Etain.
Grand Cornet Progressif et complet, en étain sauf C-H du Bourdon 8 en bois.
Plein-Jeu 5 rgs Etain.
Trompette 8 Etain, de grosse taille.
Clairon 4 Etain.
II Positive expressif (56 notes, C-g’’’)
Salicional 16 C-H en bois, puis étain.
Montre 8 Etain.
Bourdon 8 C-f’’ en bois, puis étain.
Flûte de Vienne 8 Bois.
Salicional 8 C-H en bois, puis étain.
Flûte traversière 4 Etain.
Chor de chamois 4 Sic, en étain.
Viola 4 C-h en bois, puis étain.
Doublett 2 Sic, en étain.
Fourniture progressif Sic, en étain, 3-4 rgs.
Basson 16 C-H en bois, puis étain.
Clarinett 8 Sic, en étain.
III Récit expressif(56 notes, C-g’’’)
Principal-Violon 8 Etain, jeu finalement barré.
Bourdon 8 C-f’’ en bois, à doubles-bouches, puis étain.
Viola 8 C-h en bois, c’-g’’’ en étain.
Eolienne 8 Etain anglais.
Rohrflute [4] Etain, marquée par erreur en 2’.
Picolo 1 Sic, en étain.
Trompette harmonique 8 Etain.
Basson-Hautbois 8 Etain.
Voix humaine 8 Etain.
Pédale (27 notes, C-d’)
Flûte 16 Ou Principal 16, en bois.
Sous-basse 16 Bois.
Contre-basse 16 Bois.
Quint 10 2/3 Bois, bouchée.
Octavbaß 8 Bois.
Violoncello 8 Etain.
Bombard 16 Bois.
Trompett 8 Etain, de grosse taille.
Accouplements II/I, III/I, accouplement général
Tirasses I/P et II/P
Grand Crescendo pour tout l’orgue avec des accouplements
“Pedales pour obtenir tout lorgues 40 jeux”
Appel des jeux d’anches
Trémolo III
“Donner” (= Tonnerre)
Sommiers à pistons.
Traction mécanique en fer et cuivre, avec machine Barker pour le grand-orgue.
Soufflerie avec deux réservoirs de 3,50 m sur 2 m.

Avec son nombre de jeux dégressif d’un clavier au suivant , son petit récit, ses jeux de fonds plutôt allemands et son absence de flûtes harmoniques et de Voix céleste, cette composition probablement rédigée par Charles Hærpfer, au vu des nombreux germanismes du devis, fait plus référence à l’esthétique de Walcker, chez qui Hærpfer apprit son métier, qu’à celle de Cavaillé-Coll. Mais elle ne semble pas avoir découragé Rigaut.

Le lendemain de leur voyage à Boulay, le 19 juillet 1879, les trois délégués rendirent compte de leur mission au conseil de fabrique :
Le Conseil entend le rapport de ses délégués chez les facteurs de Boulay, MM. Digot, Gény et Rigaut, et après avoir été satisfait de leur réponse et de toutes les explications qui leur ont été demandées, M. le Président met au vote les résolutions suivantes qui sont prises à l’unanimité. Avant tout, le Conseil prie son secrétaire de constater au procès-verbal toute la reconnaissance que ces Messieurs les délégués ont mérité pour le zèle et le soin apportés dans leur mission.
1° Y a-t-il lieu de renoncer aux négociations entamées avec la maison Cavaillé-Coll de Paris ? Oui, à l’unanimité.
2° Faut-il s’entendre avec la maison Dalstein et Cie de Boulay pour la confection d’un orgue suivant un devis de quarante jeux, devis dont on prend copie, et présenté par MM. les Membres du Bureau ? Oui, à l’unanimité.
3° Le pris de vingt-neuf mille fr. est-il accepté, la question des douanes étant réservée ? Oui, à l’unanimité.
4° Y a-t-il lieu de traiter à forfait avec MM. Dalstein et Cie pour la restauration du buffet de l’orgue, et le mettre en état de recevoir les 40 jeux ? Oui, à l’unanimité.
En conséquence le Conseil autorise MM. les membres du Bureau à traiter avec les susdits facteurs d’orgue, au mieux des intérêts de la fabrique, et à vendre des obligations, jusqu’à concurrence de quinze mille francs.

Il est remarquable que la paroisse ne se soit pas inquiétée des importants frais de douane à payer, dus au fait que Boulay se trouvait depuis 1871 en Moselle annexée. Quatre jours plus tard, le 23 juillet, les deux facteurs de Boulay vinrent à Nancy pour être entendus par les fabriciens :
Le Conseil est réuni pour s’entendre avec Mr Dalstein et son associé, de Boulay, au sujet de l’orgue à construire, qui sont introduits. Le Conseil a prié M. Urmès, architecte, d’assister à la séance pour l’aider de ses lumières : du reste Mr Urmès avait déjà été chargé par le Bureau de préparer un croquis des travaux à faire à l’ancien buffet pour le mettre en état de recevoir le nouvel orgue, tout en restant dans le style de l’Eglise. Selon les prévisions de Mr Urmès, le Buffet, réparé, rehaussé et augmenté coûtera de six à sept mille francs. L’orgue coûtera vingt neuf mille francs. La fabrique prend à sa charge les frais de douane.

Les négociations prirent ensuite quelque retard en raison de la mort subite de l’abbé Vincent, curé de la paroisse. Ce n’est que le 29 septembre 1879 que les fabriciens se retrouvèrent pour recevoir à nouveau les deux facteurs associés :
Le Bureau des Marguilliers présente au Conseil le plan projeté du nouveau Buffet d’orgue, avec le devis des dépenses à faire pour le mettre en état de recevoir les nouvelles orgues ; en même temps MM. Dalstein et Hærpfer donnent toutes les explications qu’on leur demande ; enfin le Conseil éclairé donne au Bureau plein pouvoir pour traiter avec ces Messieurs Dalstein et Hærpfer, et ratifie d’avance tout ce qui sera fait au sujet de l’orgue, du Buffet pour lequel il y a un devis portant la dépense à environ la somme de trois mille quatre cents francs, et pour tous les accessoires d’environ quinze cents francs. Il est entendu aussi que la Fabrique se charge des droits de douane.

Christian Lutz



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