La construction

A la séance suivante, celle de quasimodo 1880, tenue le 7 avril, l’architecte Urbès, devenu fabricien le 29 septembre 1879, fit le récit d’une visite impromptue de la commission à Boulay :
Cette visite inattendue n’a pas empêché ces Messieurs [Dalstein-Hærpfer] de montrer avec empressement tout ce qui est déjà fait pour le nouvel instrument. Un examen sérieux a fait reconnaître que le travail est parfaitement soigné, que la main d’œuvre en est irréprochable, que les bois de sapin, destinés à la construction des tuyaux de fonds, sont de première qualité, enfin que toutes les parties finies ne laissent rien à désirer ni comme nature, ni comme exécution. M. Urmès, en particulier, s’est rendu compte de l’étain employé pour les tuyaux, et a pu constater que ce métal était d’une nature parfaitement pure, qu’il était fondu, puis poli au rabot, et soudé ensuite. Pour mieux se rendre compte de leurs travaux, MM. Dalstein et Hærpfer ont exécuté le plan de l’orgue dans sa grandeur naturelle.
M. Digot a demandé aux facteurs :
1° si le nettoyage de l’église de St. Sébastien pouvait altérer le vieil orgue qui étant vendu, mais pas encore livré, doit être préservé autant que possible de toute dégradation.
2°. Si son démontage occasionnera de la poussière qui puisse nuire à la propreté de l’église.
A la 1ère demande, le réponse a été négative, cependant il conviendra de couvrir le vieil orgue d’une toile.
A la 2ème les facteurs ont observé qu’ils démonteraient le vieil orgue avec précaution pour éviter le moindre soulèvement de poussière. Ils s’entendront pour cela avec Mr. Claudel, de Nancy, constructeur du nouveau Buffet, pour le déposer ailleurs.
M. Urmès a prévenu MM. Dalstein et Hærpfer qu’ils recevront encore, dans le courant de l’année, la visite de quelques membres du Conseil. Il leur a rappelé en même temps qu’ils doivent, pour les jeux d’anches, se fournir près d’une maison de Paris choisie par le Conseil pour cette fourniture. M. Digot a chargé depuis Mr Rigaux d’écrire à cette maison pour ce motif. Les facteurs se sont dits très disposés à accepter les conditions qui ressortent du reste du traité concernant la matière.
Si, pour éclairer davantage le Conseil de Fabrique, il est utile de dire quelques mots sur les capacités et l’honorabilité de MM. Dalstein et Hærpfer, la Commission est heureuse d’attester qu’elle en a reçu les meilleurs renseignements : témoins 1° la Gazette de Luxembourg qui leur donne les éloges les plus flatteurs dans son N° du 3 avril dernier, à l’occasion de la réception du Grand Orgue qu’ils ont construit pour la cathédrale de cette ville ; 2° les experts nommés, parmi lesquels M. Rigaux, pour la réception de l’orgue de Maizières-les-Vic, toujours l’ouvrage de leurs mains. Pour leur honorabilité, elle est à la même hauteur, de l’avis, non pas seulement de leurs clients, mais encore du public désintéressé. En un mot, MM. Dalstein et Hærpfer jouissent de l’estime générale justement méritée.

De fait, les facteurs Dalstein-Hærpfer avaient fait inviter Rigaux pour l’inauguration de leur orgue de Maizières-lès-Vic, le 12 mai 1880. On apprend également par cette délibération que la confection du buffet avait été sous-traitée à Claudel, de Nancy, et que les jeux d’anches devaient être commandés à Paris, ce qui fut effectivement le cas, puisque le premier tuyau de chaque jeu d’anches porte l’étiquette du tuyautier Zimmermann.

Le chantier avança normalement. Mis en confiance, les fabriciens accordèrent le 18 octobre 1880 un acompte de 6.000 F aux facteurs.

Christian Lutz